« Assez de promesses, place à l’application ! » C’est le message fort lancé par Thierno Bakhoum, président du Réseau des festivals de cinéma du Sénégal (RFCS), à l’endroit des autorités sénégalaises, alors que les projets de loi n°15/2026 portant Code du travail et n°16/2026 portant Code de la sécurité sociale sont au cœur des débats.
Dans une déclaration adressée au président de la République, Bassirou Diomaye Faye, au ministre de la Culture Alpha Thiam, ainsi qu’aux responsables concernés, Thierno Bakhoum interpelle directement les pouvoirs publics sur la place accordée aux artistes, artisans et professionnels de la culture dans les nouvelles réformes sociales.
Une loi existe déjà, mais peine encore à produire ses effets. Pour le président du RFCS, l’examen de ces deux projets de loi aurait dû être l’occasion d’une véritable prise en compte des réalités professionnelles du secteur culturel.
Il rappelle notamment l’existence de la loi n°2021-09 du 14 janvier 2021 portant Statut de l’artiste et des professionnels de la Culture (SAPROC), considérée comme une avancée majeure pour la reconnaissance professionnelle des acteurs culturels.
Selon lui, des travaux importants ont également été menés en mars 2024 avec la prévalidation de plusieurs textes d’application portant notamment sur le répertoire des métiers, la carte professionnelle et la licence d’entrepreneur culturel.
Ces dispositifs devaient permettre d’apporter des réponses concrètes aux problématiques d’immatriculation, de protection sociale, de contractualisation et de droits professionnels dans un secteur marqué par l’intermittence, la pluriactivité et la diversité des modes de rémunération.
Thierno Bakhoum affirme avoir lui-même activement participé à ces travaux. Dès lors, une question demeure : pourquoi la culture doit-elle encore se battre pour être reconnue comme un véritable secteur économique et professionnel ?
« Nous ne demandons pas de faveur » . Le projet de Code de la sécurité sociale comporte, selon Thierno Bakhoum, une avancée importante puisqu’il prévoit notamment l’intégration des artistes et des artisans parmi les travailleurs indépendants susceptibles de bénéficier d’une couverture sociale.
Mais pour le président du RFCS, cette évolution ne saurait être dissociée du statut spécifique consacré par la loi SAPROC. Son message aux autorités est sans ambiguïté : « Nous ne demandons pas de faveur. Nous demandons l’application cohérente de la loi. »
Une revendication qui se résume, selon lui, en une formule : « Assez de promesses, place à l’application ! » Les acteurs culturels veulent être considérés comme des travailleurs à part entière. Thierno Bakhoum estime que les professionnels du secteur ont déjà largement contribué à la réflexion sur leur avenir.
Des années de concertation, de réflexion et de rédaction ont permis, selon lui, d’identifier des solutions. Le véritable enjeu serait désormais de passer des textes aux actes.
Aux pouvoirs publics, il demande donc de considérer les artistes et les professionnels de la culture comme des travailleurs à part entière.
Aux parlementaires, il lance également un appel à la vigilance afin de garantir la cohérence entre les nouveaux Codes et la loi portant Statut de l’artiste.
Dans cette perspective, il évoque également la position de l’ancien ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, alors dirigé par Amadou Ba, qui va également dans le sens d’une cohérence entre les différents dispositifs législatifs.
Thierno Bakhoum interpelle la Commission de la Culture de l’Assemblée nationale. Dans sa déclaration, le président du RFCS exprime par ailleurs sa déception concernant l’implication du député Aliou Sène, président de la Commission de la Culture de l’Assemblée nationale.
Il estime que la contribution de ce dernier ne serait pas à la hauteur des attentes des professionnels de la culture. « Nous attendons de ceux qui ont la responsabilité de défendre les intérêts de la culture une implication à la hauteur des enjeux », déclare-t-il en substance.
Une interpellation qui traduit la volonté de voir les représentants de la culture jouer pleinement leur rôle dans les réformes qui touchent directement les professionnels du secteur. « L’artiste doit être reconnu, protégé et respecté »
Au-delà des textes de loi, Thierno Bakhoum appelle les acteurs culturels à une mobilisation plus forte. « Mobilisons-nous davantage, organisons-nous davantage et faisons entendre notre voix », lance-t-il.
Pour lui, l’engagement ne doit plus se limiter aux activités artistiques et culturelles. Il appelle même les professionnels à envisager un engagement politique afin de défendre leurs droits et de construire un cadre plus juste pour les générations futures.
Car, estime-t-il, l’artiste ne doit plus être uniquement célébré pour ses œuvres, ses spectacles, ses films, ses festivals ou son artisanat. Il doit aussi être reconnu comme un professionnel, protégé socialement et respecté dans ses droits.
Les deux projets de loi, n°15/2026 portant Code du travail et n°16/2026 portant Code de la sécurité sociale, ont été renvoyés en commission pour un examen approfondi le 22 juin 2026.
Pour Thierno Bakhoum, l’absence de consultation suffisamment large des acteurs culturels sur ces questions essentielles renforce la nécessité d’une mobilisation du secteur afin que ses préoccupations soient pleinement prises en compte.
Le président du RFCS veut ainsi replacer la question des droits des professionnels de la culture au cœur du débat national. Son message final se veut particulièrement ferme : « Nous ne demandons pas des privilèges. Nous demandons des droits. Nous ne demandons pas des promesses. Nous demandons l’application de la loi. »
Et de conclure : « Moi, j’exige de la considération. La culture est un secteur. Les artistes sont des travailleurs. Leurs droits doivent être respectés. »
Un cri d’alarme qui résonne comme un appel à l’action à l’heure où le Sénégal engage d’importantes réformes de son cadre social et professionnel.
baoltimesnews : Thales Ndiaye